Les patrons face à la génération Y : nos enfants vont-ils changer le monde du travail ?

 Dans Ressources humaines

On peut trouver à ce nom différentes définitions : Y en rapport avec la forme de leurs écouteurs, ou parce que c’est la suite logique de X.

Mais la préférence va plutôt à cette explication : Y pour, phonétiquement, «waï» ou « why ? » : un mot pour une question.  Une question que se posent d’ailleurs aussi les employeurs qui se demandent pourquoi ils ne parviennent pas à fidéliser leurs jeunes recrues.

Le fait est que cette génération n’aborde pas du tout le monde du travail comme leurs aînés. Faut-il s’en plaindre ou au contraire les écouter, et s’adapter ?

Chronologiquement parlant, la génération Y représente les enfants nés entre 1980 et 1999, et suit directement la génération dite « X » née entre 1965 et 1980.  Celle-ci a vécu et subi les différents crashs boursiers, la précarisation de l’emploi, les licenciements de masse… et l’explosion des divorces. Longtemps considérée comme la génération des hard-workers, la génération X donnait (et donne encore parfois) la priorité à sa carrière. Le tout sous le regard parfois perplexe de leurs enfants.

Dans le monde du travail, la réponse de ces derniers semble réactionnelle : ils ne veulent pas de ce modèle qui, pour eux, n’a aucun sens. Et ils en ont justement grand besoin, de trouver du sens. À tout et y compris dans leur vie professionnelle car eux ne vivent pas pour travailler, mais travaillent pour vivre.

Alors c’est vrai : la confrontation de ces deux philosophies est parfois, disons… rude.

Quand leurs parents se batt(ai)ent pour trouver/retrouver/conserver leur boulot, eux les refusent ou claquent la porte au moindre conflit. 

Leur tranquille nonchalance fait parfois bouillonner. Mais ont-ils vraiment tort ? Si vous leur parlez, ils vous diront que pour eux, il est insensé de :

>1 : travailler pour un salaire de misère ;

>2 : travailler pour un patron qui ne respecte pas son personnel ;

>3 : faire un travail qu’ils n’aiment pas et où ils ne s’épanouissent pas ;

>4 : perdre du temps en trajets inutiles, énergivores et improductifs.

La génération Y est née avec les nouvelles technologies, et cette (r)évolution change tout. Elle bouleverse les codes et les habitudes. Elle change la donne et les perspectives dans un monde où les valeurs d’hier ne sont plus vraiment d’actualité. A tort ou à raison. Mais le fait est que leur réalité désormais est aussi celle d’apprendre à vivre –comme nous -dans un monde où l’on peut croiser de trop près la route d’une bombe humaine…

Alors vu comme ça, on peut comprendre leur volonté de trouver du sens à tout ça, et d’aborder le monde du travail avec une autre philosophie. Et reconnaissons-leur des qualités : côté technologies, ils sont au top. Les mieux formés connaissent très exactement leur valeur et veulent qu’elle soit reconnue. Ils ont de l’imagination : on leur doit des centaines d’idées et beaucoup ont du sens. Ils ont créé des centaines de startups, inventé le coworking, revisité la solidarité et le commerce équitable. Ils réforment tout.

Mais oui, il est aussi vrai que, confrontés à l’immédiateté des choses, ils veulent tout, tout de suite. Et surtout ne pas perdre leur temps.

Bref, pour garder un millenial aujourd’hui, les patrons vont devoir revoir leur copie. Ajouter un hashtag work somewhere awesome à son management.

Mais comment ?

Nous avons posé la question à Laurent Hendrick, 33 ans, consultant en communication web. Et sa réponse prend la forme d’une lettre ouverte.

« Répondre à la question « comment un employeur peut-il s’adapter à la génération Y ? » est à la fois très simple et incroyablement compliqué. Parce qu’un changement en profondeur des méthodes de management est nécessaire et suffisant.

Une réforme du management

C’est probablement dans le fait de comprendre l’individu en face de vous que réside la difficulté. Car nous avons bien appris nos leçons. Nous savons ce que vous voulez entendre lors d’un entretien. Il vous faudra donc lire entre les lignes. Deviner que lorsque nous disons « j’aime diversifier mes activités », il faut également entendre « j’ai horreur de la routine ». Lorsque nous disons « cette entreprise me semble offrir une ambiance propice à l’épanouissement », nous ajoutons intérieurement « et s’il s’avère que ce n’est pas le cas, je partirai ».

Nous sommes la « génération de la crise ». Nous avons vu nos parents s’échiner et s’étioler au travail. Nous les avons vus sacrifier leur vie de famille, leurs hobbys, leurs aspirations personnelles et ne récolter -au mieux- qu’une pension de misère une fois qu’ils sont trop abîmés psychologiquement et physiquement pour en profiter. Nous ne voulons pas de cette vie. Nous avons besoin de savoir pourquoi nous nous levons le matin. Car sinon, pour nous, les 8h précédentes ne sont « qu’un travail ». Notre vraie vie commence quand celui-ci s’arrête.

Vous vous demandez sûrement qui voudrait de ce genre d’employé, prêt à claquer la porte si la situation ne lui convient pas ? À vrai dire, personne.

Mais si vous arrivez à repenser fondamentalement la notion de travail, que vous parvenez à proposer un environnement favorable, adaptable et -surtout- un travail quotidien qui soit un défi, une source de satisfaction et de curiosité, vous aurez sous les yeux les employés les plus créatifs, les plus ingénieux et les plus concernés que vous ayez jamais vu. »

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